Haiti, une république mourante

Le fondement de toute république est basé sur la force des institutions. En réalité, quelque soit le système politique considéré, il donne existence à des institutions sans lesquelles son fonctionnement laisserait à désirer. Or, au stade où l’on est, on est presqu’unanime à reconnaître que l’un des régimes politiques le plus prometteur est la démocratie en dépit de toutes ses faiblesses. Une démocratie d’où se fondent les valeurs institutionnelles où les différentes institutions de la république assurent la bonne et équitable gouvernance de la cité.
La démocratie tire son origine à Athènes dans la Grèce antique au cours du 5e Siècle av. J-C Mais, il s’agit d’une démocratie directe où le peuple savait se réunir sur des places publiques pour prendre des décisions. Ce qui a bien sûr alourdit la tache et compromet la prise de bonnes décisions. La démocratie devient très évolutive. Du 5e siècle AV.J-C à nos jours, la démocratie n’est plus la même. Ce n’est plus le même idéale. Aujourd’hui et plus encore, s’il faut comprendre ce qu’est la démocratie et surtout celle qui se pratique dans les petits pays, il est vraiment important de questionner son idéale.
Pour l’absence d’un vrai idéale démocratique, Haïti se veut un état démocratique, mais une démocratie qui meurt sans avoir été née réellement. Hypothèse que nous aurons à confirmer plus tard.
Dans le cadre de ce texte, nous allons procéder à inventorier c’est quoi les valeurs démocratique en générale et sur quoi se fondent les valeurs démocratique en Haïti. Nous tenons à faire une analyse critique sur les institutions en Haïti qui sont considérées comme étant les bases de la démocratie.

1- Démocratie, définition
Si nous observons les principaux courants théorisant la démocratie depuis les Grecs anciens jusqu’à aujourd’hui ; si nous prenons en compte ce contre quoi se battent ceux qui disent se battre pour la démocratie et si nous examinons, en particulier, les objections des opposants à la démocratie au fil des siècles, alors émerge un ensemble clair et cohérent d’idées. La démocratie est un concept politique relatif à des décisions qui obligent collectivement sur les règles et politiques d’un groupe, d’une association ou d’une société. Une telle prise de décision peut être considérée comme démocratique dans la mesure où elle est soumise au contrôle de tous les membres de la collectivité, tous considérés comme égaux (Beetham et alt, 2008).

2. Haïti, une république
La république, du latin, res, et publica, ce qui signifie chose publique. A la lumière de la constitution haïtienne du 29 Mars 1987, l’on peut comprendre qu’Haïti est une république une et indivisible dont la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir par l’intermédiaire de représentants élus. Le pouvoir exercé qui viserait le bien commun étant donné que dans la république, l’on conçoit que ce qui bon pour tous, est bon pour l’individu, un grand paradoxe.

3. Le cadre Institutionnel d’Haïti
Les institutions jouent un rôle prépondérant dans une démocratie. Sans des institutions, il n’y a pas de démocratie. Au titre V de la constitution du 29 Mars 1987 amendée, il y est clairement précisé les bases fondamentales des instituions haïtiennes.

3.1 Deux des trois pouvoirs toujours en choc
A la chute du Président Jean-Claude DUVALIER en 1986, dominait une tendance au chambardement dans le pays. Le gros du Peuple voulait tout chambarder. Vu la soif de démocratie et le symbolisme de la chute, le Peuple n’a pas voulu que soit possible la restauration du statu quo ante. C’est le cas de dire que le régime de dictature des DUVALIER effrayait une bonne partie de la population et a également laissé des souvenirs troublants.
C’est dans cette perspective que les constituants de 1987 ont cru devoir, par tous les moyens, tenter d’éviter le retour au présidentialisme traditionnel dans le souci d’éviter toute dérive dictatoriale. Dans cette optique, des pouvoirs très étendus sont accordés au Parlement, alors que le Pouvoir Exécutif est complètement encadré. La Constitution accorde des pouvoirs considérables au Gouvernement, branche du Pouvoir Exécutif, mais elle en fait également le Gouvernement du parti majoritaire au Parlement. De plus, l’esprit du texte constitutionnel trahit une méfiance à l’égard de la fonction présidentielle.
En somme, le Parlement est sinon le véritable lieu de pouvoir, du moins l’épicentre du pouvoir politique. Or, le Pouvoir Exécutif, en tant qu’organe du pouvoir politique, ne semble pas constituer un contrepoids réel et efficace à la toute-puissance du Parlement. Ce qui fragilise toutes les institutions de la république.

4. Des institutions quasi inexistantes
Le fonctionnement des différentes institutions en Haïti est problématique. Un exécutif qui n’existe qu’à l’oral ; un parlement dont la caducité est à constater ; un pouvoir judiciaire qui est à la solde des deux.

4.1 Un pouvoir exécutif mis à nu
Le pouvoir exécutif est l’un des trois pouvoirs de l’Etat et l’une des deux institutions politiques instituées par la constitution du 29 Mars 1987. En grosso modo, il est chargé de faire exécuter les lois délibérées et votées par le parlement ; il est aussi chargé de veiller aux bonnes marches des institutions.
Depuis l’institution de la constitution du 29 Mars 1987, le pouvoir exécutif est organiquement constitué du président et du gouvernement. C’est le bicéphalisme exécutif. Alors qu’aujourd’hui l’on vit une période de désenchantement du pouvoir exécutif. Il n’existe que le président élu constitutionnellement même en dépit du fait qu’il soit frappé de l’illégitimité.
Le président dirige seul et se fait accompagner de quelques amis dont un soi-disant premier ministre qui, dans tout pays où la loi serait respectée, devrait être poursuivi devant les tribunaux de droit commun pour avoir à prendre des engagements pour et au nom de l’Etat sans qu’il ne soit pas détenteur d’aucun titre y afférant.
Aujourd’hui, plus d’un sachent que tous les actes posés par le M. Lapin doivent être nuls et non avenu. Il n’est autre qu’un simple citoyen vu que le gouvernement est l’émanation du parlement et même une fois, M. Lapin n’a pas reçu les bénédictions du parlement pour exercer son ministère au nom de la république.

4.2 Un parlement vraiment inefficace et inefficient
Toujours selon le vœu de la constitution du 29 Mars 1987, le parlement haïtien est composé de deux branches : la chambre des députés et sénat.
Le parlement haïtien est qualifiée de nos jours comme l’un des institutions les plus inefficace et mangeuse de ressources de la république. Il parait tout à fait improductif et ignore quasiment le rôle qui lui est imparti : contrôler, légiférer et voter.

4.2.1 Une chambre des députés de mauvais gout
La chambre des députés (la 50e législature) est la législature la plus piète qu’Haïti n’a jamais connu. L’on se dit s’il existe 10 députés dans cette législature qui peuvent comprendre et mener un débat.
Le mandat de ces députés arrive à terme. Ils vont partir sans laisser derrière eux aucune trace positive. C’est vrai ils s’enrichissent mais la nation ne tire rien de leur passage. Partez en paix honorables !

4.3 Un senat troublé et troublant
L’assemblée des sages à laquelle nous poserons ces questions : c’est quoi le sage ? C’est quoi la sagesse ?
Nous sommes perdus quand nous recherchons le rôle de la chambre haute en Haïti. Légiférer contrôler et voter : l’on se demande si les sénateurs (les sages) savent ce qu’ils viennent faire au parlement. Ils sont décriés partout ou ils passent. D’où la disparition presque totale de toutes les valeurs républicaines.
Aujourd’hui, nos sénateurs se vendent comme des vendeurs de votes ; des vendeurs de leurs dignité et celle delà souveraineté du peuple. C’est démocratie indirecte qui tourne en dérisoire le peuple haïtien.
Etienne de La Boétie (1549) fait montre que le peuple délègue son pouvoir à ses représentants et il entend se soumettre volontairement aux ordres de ses dirigés. Le texte de La Boétie pose la question de la légitimité de toute autorité sur une population et essaie d’analyser les raisons de la soumission de celle-ci (rapport domination / servitude). Il préfigure ainsi la théorisation du contrat social. C’est donc un contrat qui est passé entre la population et les élus dont les parlementaires.
Selon Machiavel dans Le Prince (1513), le politicien doit être attentif à ce que l’on dit, à ce qu’on croit de lui, à ce que reflète l’opinion. La réputation, la rumeur publique, sont des constructions fantasmatiques qui peuvent être à distance des qualités et défauts du prince ; mais il ne s’agit nullement de s’en détourner, au contraire, il faut savoir en profiter ;
de toute façon, le prince n’est nullement le maître de l’opinion, ni de l’impression qu’il donne. Il doit veiller aux apparences tout de même, puisqu’on ne peut faire sans ; et Machiavel dit que cela doit se faire avec le but de se faire aimer de son peuple. Son comportement est justifié, comme il le dit tout au long de son ouvrage, en ce que sa volonté est de défendre son Etat, et de chercher à le perpétuer.
Il faut dire que ce pouvoir qui est transféré par le peuple aux sénateurs par le biais de cette démocratie indirecte fait de ses parlementaires des princes qui sont tantôt à la solde de l’exécutif tantôt à la solde de la bourgeoisie. Un mal chronique !

4.3 Un pouvoir judiciaire sans justice
Une portion de la bible préconise que la justice élève une nation ( Segond, 1910), mais en Haïti le déshonneur semble faire la honte de jeune nation. Ce n’est autre que le jeu de la médiocrité qui se fait en Haïti qui rend cette nation si basse aux yeux du monde dans l’angle de justice. Un pouvoir judicaire dont sa bénédiction dépend totalement des deux pouvoirs.
L’existence d’une justice saine, équitable et d’une institution capable de la mettre en œuvre constitue le fondement de tout régime démocratique et d’un État de droit. C’est aussi l’indication la plus nette de la vitalité d’un régime de liberté. Par contre, si le fonctionnement de la justice est approximatif et inadéquat, s’il règne une mauvaise application des règles de droit, si le système se trouve incapable de rendre justice à qui justice est due, c’est la désorganisation de la société, la mise en péril de la démocratie et l’ébranlement de la confiance des citoyens à l’endroit de leurs dirigeants.
C’est pourquoi, Haïti de nos jours, semble être près à retourner à l’Etat de nature tel que l’a conçu Hobbes (1651) dans son ouvrage titré Le Léviathan. L’on ne peut plus affirmer que l’on s’avance or qui ne s’avance pas recule automatiquement.

5. L’inexistence des institutions et la démocratie en Haïti
Si l’on comprend bien la photographie que l’on vient de faire sur le fonctionnement des grandes institutions en Haïti, l’on peut se demander si oui ou non la démocratie que l’on dit avoir en Haïti se fonde sur des valeurs réelles ? Dans une république où toutes les institutions sont à genou, peut-on parler de démocratie ? S’il en existe, ce peut être une qui soit différente de ce qu’Abraham Lincoln avait ainsi défini : « pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple».
Or, l’on précise plus haut que qu’il n’existe pas démocratie sans institutions. Pourtant, l’idée d’avoir des institutions répondant aux normes en Haïti est loin d’être effective. Ce qui fait que le constat est évident, avec des institutions qui tombent à la déchéance ; des instituions dites républicaines qui ne répondent nullement aux aspirations du peuple, l’on dit d’Haïti qu’elle est une république mourant.

Conclusion
De 1987 à nos jours, s’il y a un verbe qui se conjugue plus dans les medias, c’est qu’Haïti a emboité le pas vers la démocratie. Quelle démocratie ? Quid de son fondement ? Une présidence hors de toute question ! Un gouvernement de fait ! Un parlement dont une branche déjà n’est plus et que l’autre branche (le sénat) est déjà amputé d’une bonne partie quoi que la constitution préconise que le sénat siège en permanence ; un pouvoir judiciaire dont la réputation se fane déjà. Croit –on avoir une république telle la constitution l’aurait fait remarqué ? Des questions dont les réponses restent et demeurent difficiles.

Pour en savoir plus, abonnez-vous sur notre page Facebook ou Twitter !

Auteur : GRAVEUS Estaniel,
Master en Economie du Développement (études en cours)
Juriste, Economiste, Diplômé en Etudes Philosophie et Politique
Isteah.egraveus2017@gmail.com
Tels : (509)4360-8114 / 4892-6742

Bibliographie
Beetham (2008), the basic concept for the democracy ranking of the quality of democracy, University of Klagenfurt, Faculty interdisciplinary studies
Etienne de L.( 1549), discours sur la servitude volontaire, Dordogne
Hobbes T (1651), Le Léviathan, éd. English, Londres
Louis S (1818) , la sainte bible, éd. Maison de la bible, Paris,
Machiavel N. (1513), Le Prince, éd. Hatier, traduction française, 1532, paris, 83p.

Print Friendly, PDF & Email

Estaniel GRAVÉUS

Master en Économie du Développement (études en cours), Juriste, Économiste, Diplômé en Études Philosophie et Politique Isteah.egraveus2017@gmail.com Tels : (509)4360-8114 / 4892-6742, infos@lescientifique.com

Vos commentaires ?