Comment savoir si l’on est addict au sexe, au travail et à l’internet en Haïti ?

Est-ce que je suis addict à des comportements (sexe, travail, poker, internet) ou suis-je dépendant à des produits (alcool, tabac, médicaments psychotropes, cannabis, cocaïne, amphétamines) ? Comme toute autre maladie, les addictions comportementales et celles provoquées par des produits ou mieux encore les dépendances peuvent être traitées à moyen ou long terme. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit l’addiction par l’impossibilité  de contrôler une pratique visant à produire du plaisir ou à écarter une sensation de malaise, et d’interrompre sa poursuite malgré ses conséquences négatives (Ballaloud, 2015). Selon l’Agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté (2018, p. 7), l’addiction est également le résultat de la rencontre de plusieurs facteurs sur lesquels il faut agir :
Les facteurs de risque liés aux produits : dangerosité spécifique, mode d’administration, durée, fréquence, quantité absorbée, interactions entre substances;
Les facteurs individuels de vulnérabilité  : facteurs biologiques, facteurs psychiques, attentes vis-à-vis du produit, mode de vie, estime de soi, capacité relationnelle;
Les facteurs de risque environnementaux : facteurs sociaux et culturels, milieu familial, milieu d’insertion (école, travail, amis…), facteurs économiques, accessibilité du produit. Du coup, les interactions entre ces différents facteurs engendrent des conduites différentes dont les effets peuvent varier d’un individu à l’autre.

Pour mieux prévenir et traiter les conduites addictives ou les dépendances, il faut connaître les facteurs. De ce fait, on classe les différentes substances selon leur potentiel toxique, leur potentiel de modification psychique et leur potentiel addictif :
Le potentiel toxique, c’est-à-dire la capacité à provoquer des atteintes physiologiques.
Le potentiel de modification psychique, c’est-à-dire la faculté de perturber les perceptions, les cognitions, l’humeur, la motivation, etc.
Le potentiel addictif, c’est-à-dire la capacité à créer une dépendance qui dépend de l’impact de la substance sur le système intracérébral de récompense.

Fig (1) : Facteurs de risques liés aux produits
Source : Agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté (2018, p. 9)
Fig (2) : Risques associés à des Conduites addictives
Source : Agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté (2018, p. 9)

Prévention et traitement des dépendances

D’après Lausanne (2013), la prévention des dépendances vise soit la non-entrée en consommation, soit la prévention des phénomènes suivants :

  • La consommation précoce,
  • La consommation excessive,
  • Les conséquences négatives de la consommation,
  • La consommation chronique à risque,
  • La dépendance.

Pour la même auteure, jusqu’au milieu des années nonante, la classification la plus courante des mesures de prévention s’effectuait selon trois catégories d’inspiration médicale : prévention primaire, secondaire et tertiaire. La prévention primaire a pour but d’empêcher l’apparition d’un symptôme, alors que la prévention secondaire s’occupe du dépistage précoce et cherche à éviter l’aggravation des symptômes, ou tout au moins à améliorer les perspectives d’avenir des personnes touchées et de leur entourage. Quant à la prévention tertiaire, elle tend à empêcher les complications des troubles déjà existants, elle comprend également la prévention de la rechute. Mais comment savoir qu’on est addict ou dépendant aux produits ou comportements ? Pour se diagnostiquer soi-même, on peut suivre si ces manifestations du jeu pathologique paraissent chez vous.

Comment auto-diagnostiquer les conduites addictives ?

Selon Valleur et Velea (2002, p 5-6) qui citent le DSM-IV, le jeu pathologique est défini comme : pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :
1. Préoccupation par le jeu (par exemple par la remémoration d’expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer).
2. Besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré…
3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu.
5. Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (par exemple des sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression). 6. Après avoir perdu de l’argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour se refaire).
7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d’autres pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
8. Commet des actes illégaux, tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d’argent pour financer la pratique du jeu.
9. Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d’étude ou de carrière à cause du jeu.
10. Compte sur les autres pour obtenir de l’argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

Pour diagnostiquer si on est addict à comportements ou dépendant à des produits, on peut essayer de faire ces exercices suivants :

Addiction au sexe : les addictés
sexuels présentent au moins deux des entités suivantes (Coleman) :
1. La drague compulsive avec partenaires multiples, avec une recherche de gestion du stress et de l’anxiété.
2. L’auto-érotisme compulsif -masturbation comporte l’auto-stimulation obsessive et compulsive des parties génitales. Les spécialistes rapportent une moyenne de 5 à 15 actes masturbatoires par jour, avec une cohorte de blessures, de fatigue.
3. La fixation compulsive, sur un ou des partenaires inaccessibles. Des fantasmes, nombreux alimentent la vie affective et les émotions du sujet. L’objet de l’amour est hyper-idéalisé, et il n’est pas rare, en cas de déception, de voire apparaître des véritables délires de jalousie (complexe d’Othello), voire des passages à l’acte agressifs orientés vers la personne aimée.
4. Les rapports compulsifs amoureux multiples, avec une insatisfaction des relations amoureuses et la quête perpétuelle de l’amour idéal.
5. La sexualité compulsive, avec de nombreux rapports sexuels, vécus de manière insatisfaisante, besoin interminable d’actes sexuels, d’expression amoureuse et d’attention. Dans le test suivant, les réponses sont cotées de 1 à 4. 1=Jamais, 2=Parfois, 3=Souvent, 4=Toujours. Après la somme des réponses cotées, entre 57 et 66 points, les personnes sont en danger. De 67 à 100 points, il existe une addiction au sexe.

Fig (3) : Test pour diagnostiquer l’addiction au sexe
Source : Valleur & Velea (2002)

Addiction au travail : l’addiction au travail peut être définie comme une relation pathologique d’un sujet à son travail, caractérisée par une compulsion à lui consacrer de plus en plus de temps et d’énergie et ce, en dépit des conséquences négatives sur sa santé et sur sa vie personnelle affective et familiale. Ce nouveau phénomène que les Américains appelle workaholism est décrit par les spécialistes comme la plus clean des addictions. La pression sociale fait de celle-ci un des meilleurs exemples d’addiction positive. Dans le test suivant, les réponses sont cotées de 1 à 4 : 1=Jamais, 2=Parfois, 3=Souvent, 4=Toujours. Entre 57 et 66 points, les personnes sont en danger. De 67 à 100 points, il existe une addiction au travail.

Fig (4) : Test pour diagnostiquer l’addiction au travail
Source : Valleur & Velea (2002)

La cyberaddiction ou cyberdépendance fait partie des nouvelles toxicomanies sans drogue (Fenichel). Cette nouvelle forme de dépendance s’inscrit comme une addiction silencieuse. Elle englobe des formes de dépendance à l’outil informatique, à la sexualité sur Internet, aux achats compulsifs online, aux formes de communication synchrones et asynchrones par e-mail ou dans les groupes de discussion. 0 à 3 réponses positives, il y a une petite tendance à devenir addictif à Internet. Dans la figure suivante, entre 4 à 6 réponses positives, il y a une chance de développer cette conduite addictive. Enfin, entre 7 à 9 réponses positives, il y a une forte tendance à devenir dépendant.

Fig (5) : Test pour diagnostiquer la Cyberaddiction
Source : Valleur & Velea (2002)

Glossaire

1. La dépendance est définie comme un asservissement à un produit nocif, à une drogue, dont l’absorption répétée a créé un besoin impérieux (Semaille, 2009, p 1-2). De ce fait, on peut être dépendant à des produits, c’est-à-dire, on peut être addict à la drogue, aux médicaments, aux cigarettes, etc. Ce sont les produits consommés qui définissent la dépendance.

2. L’addiction est perçue selon Goodman comme un comportement qui, tout en procurant le plaisir recherché ou l’apaisement des tensions internes, se caractérise par une impossibilité d’autocontrôle et de limitation en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. Il faudra cependant probablement adapter cette définition (datant de 1990) en tenant compte des nouvelles formes d’addiction (Internet, etc.) (Semaille, 2009, p 1-2). De ce fait, on est addict à des comportements, cest-a-dire, on peut être addict au sexe, au travail, au jeu, à l’internet, etc. Ce sont justes des comportements qui définissent l’addiction.

3. Substance psychoactive est un substance modifiant le fonctionnement psychique : alcool, amphétamines et produits dérivés, caféine, cannabis, hallucinogènes, nicotine (tabac), opiacés, sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques, solvants volatils… Cet effet est soit recherché (cas des « médicaments psychotropes» et des « drogues »), soit non recherché (effets secondaires de médicaments non psychotropes ou exposition professionnelle à un solvant par exemple) (INRS, 2008, p 2).

4. Médicament psychotrope est substance chimique d’origine naturelle ou artificielle susceptible de modifier l’activité mentale. Il peut s’agir d’anxiolytiques (tranquillisants), de somnifères, de neuroleptiques, d’anti-dépresseurs, de traitements de substitution (méthadone ou buprémorphine)…(INRS, 2008, p 2-3).

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RÉFÉRENCES :

Agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté. (2018). Prévenir les addictions auprès des jeunes. Ireps Bourgogne-Franche-Comté : Dijon.

Ballaloud, G. (2015). Les addictions. Les éditions des journaux officiels : France.

INRS. (2008). Addictions et travail.

Lausanne. (2013). Concepts de prévention des dépendances dans addiction Suisse. Suisse.

Semaille, P. (2009). Nouvelles formes de l’addiction. Rev Med Brux.

Valleur, M. & Velea, D. (2002). Les addictions sans drogue(s) dans revue toxibase. # 6.

Auteur : Marc-Donald VINCENT, ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets, master en gestion de projets (en cours), infos@lescientifique.com, +(509) 46307623

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LE SCIENTIFIQUE est la seule revue scientifique et socioprofessionnelle d'Haïti. Cette revue est fondée par Marc-Donald VINCENT (ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets, étudiant en Maîtrise en Gestion de Projets à l'ISTEAH et domicilié en milieu rural à Milot, Nord, Haïti) et Marc-Méland VINCENT (étudiant en Sociologie à l'UEH au Campus Roi Henry Christophe de Limonade, domicilié au Cap-Haïtien, Nord, Haïti). Email : infos@lescientifique.com, Téléphone : +(509)46 30 76 23.

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