De fait, aucun haïtien ne veut vraiment le changement du système en Haïti

Alors que chaque haïtien dans ses activités professionnelles ou personnelles fait du mal au pays ou à ses concitoyens, ils n’arrêtent pas de réclamer le changement du système désuet par un meilleur système qui implique toutes les couches sociales, économiques et politiques du pays. Mais, comment serait-il possible de changer ce système si le chauffeur des camionnettes à 10 places assises les font prendre 11 à 16 places assises ou debout? Comment pourrait-on changer ce système alors les directeurs de certaines écoles émettent de faux bulletins à certains élèves pour de l’argent, du sexe et d’autres avantages? Est-il possible de changer ce système avec des citoyens qui achètent le gallon d’essence à 250 gourdes pour le revendre à 1000 gourdes? Comment pourrait-on changer ce système si la méritocratie n’est pas cultivée dans les institutions haïtiennes? Comment pourrait-on changer ce système si le gouvernement veut augmenter le prix du carburant alors que les recettes collectées seront versées aux bandits et non au développement? Comment pourrait-on changer ce système que tout le monde plaint désuet si chacun se croit maître et seigneur dans ses activités professionnelles et personnelles? Serait-il possible de changer ce système avec des élus corrompus et des ministres et directeurs généraux sans patriotisme ni scrupule?

Si j’étais apôtre Paul, je dirais simplement loin delà parce que même les gens qui demandent des comptes et qui soi-disant réclament le changement du système socioéconomique et politique haïtien ne le veulent pas réellement et systémiquement. Car, parler de changement d’un système revêt à accepter d’être perdant individuellement tout en étant gagnant collectivement. La vraie question qu’on devrait poser serait de demander s’il est probable d’éliminer ce système sans causer le moindre préjudice ni aux pauvres, ni à la classe moyenne, ni aux bourgeois?

En fait, il n’est pas probable d’éliminer ce système sans causer le moindre préjudice ni aux pauvres, ni à la classe moyenne, ni aux bourgeois. Car, le changement d’un système rétablit l’ordre normal. Pour ce, certains seront victimes individuellement.

De nos jours, il y a trop de soupçons dans l’affaire PETROCARIBE, trop d’injustice sociale, trop de proches du pouvoir et de l’opposition sont impliqués dans la dilapidation de ce fond et trop de manœuvres pour bloquer le procès PETROCARIBE en Haïti. Delà, en dépit de leur implication, les haïtiens ne croient plus au système politique et socioéconomique haïtien. Le mot système est évoqué plusieurs millions de fois quotidiennement par les haïtiens et des internationaux qui suivent l’affaire depuis le challenge PETROCARIBE en Haïti qui constitue un vaste désaccord populaire face à la dilapidation de plusieurs milliards de dollars (US) empruntés de la république bolivarienne du Vénézuela à un taux d’intérêt de 1%, lequel emprunt était destiné à la reconstruction du pays surtout après le phénomène sismique meurtrier du 12 Janvier 2010 que connaissait Haïti.

Malheureusement, selon les gouvernements d’alors qui ont ordonné les décaissements de ce fond, cet emprunt a été investi mais il paraît de plus en plus difficile de trouver les traces de réalisations des ressources financières qui ont été allouées à la réalisation des différents lots de projets en termes de résultats concrets, observables et mesurables jusqu’à date. Delà, toutes les couches populaires haïtiennes se questionnent d’une façon ou d’une autre sur l’hypothèque que cet emprunt aura sur l’avenir des générations futures tout en demandant justice en vue de lutter contre la corruption et la dilapidation qui gangrènent Haïti et dans le but de tracer l’exemple sur les fonds de l’État dans ce pays.

Mais, comment on en est arrivé là?

En Haïti, nombreux sont politiciens et hommes d’affaires qui montrent leur intérêt pour un changement durable des situations socioéconomiques de la population haïtienne. Toutefois, une fois arrivés au timon des affaires, les donnes changent comme dans un film. Du point de vue politique, les élus (président, parlementaire, maires, Casec, Asec, délégué de ville) oublient vite leur responsabilité envers le plus grand nombre et s’obstinent seulement à remplir leur mandat en terme de durée en guise de remplir les tâches qui leur sont confiées. Du point de vue entrepreneurial, les hommes d’affaires haïtiens se sont constitués en pierres d’achoppement pour le progrès et le développement durable d’Haïti. Ces hommes d’affaires n’investissent pas dans la production nationale mais se constituent comme des importateurs de produits finis et de revendeurs (distributeurs locaux). Ce qui détruit énormément la production nationale face à la compétition déloyale de dumping financier imposée aux producteurs locaux qui finissent pas être découragés de produire. Il faut mentionner que le dumping est interdit par le droit de la concurrence en tant que pratique de prix prédatoires et considéré comme un abus de position dominante (extrait du Wiktionnaire). Ce n’est pas tout, certains hommes d’affaires haïtiens ne respectent en majeure partie ni l’environnement légal, écologique, politique, social, physique, ni les systèmes et fonctions de la gestion (planification, organisation, direction et contrôle) des entreprises. Ce qui les réduit à la plus simple expression de non contributeurs au développement. Ces hommes d’affaires qui devraient chercher à répondre au besoin de leur clientèle en vue de produire beaucoup plus de biens ne se rendent utiles même pas dans l’augmentation de l’assiette fiscale de l’État vu que nombreux de ces hommes d’affaires possèdent les droits de franchises douanières pour une vingtaine d’années avec autres considérations alors qu’ils vendent leurs produits au même prix que ceux qui n’en ont pas. De ces hommes d’affaires, certains qui ne paient surtout pas la patente sont les plus bénéficiaires de contrats juteux gré à gré des gouvernements haïtiens tandis que les entreprises conformes aux lois fiscales croupissent dans le dysfonctionnement. Les firmes, de leur part, ne sont pas différentes. Celles qui sont bénéficiaires de la majorité de projets les ont gré à gré, malgré tout, elles ne réalisent pas souvent les tâches des projets en dépit du fait que les fonds alloués leur ont été donnés.

À quoi ce comportement traditionnel est dû?

Pour nous autres, le terrain d’Haïti est miné de toutes pièces inimaginables. Ce qui nous réfère non seulement à la défaillance de l’État Haïtien mais aussi à la désuétude du système politique et socioéconomique d’Haïti.

Tout le monde définit le terme système à leur gré, mais c’est quoi réellement un système?

  1. On entend par système, un ensemble d’éléments, de concepts reliés, organisés en une structure.
  2. Un système est un plan qu’on se fait et des moyens qu’on se propose d’employer pour réussir en quelque chose.
  3. Le terme système désigne l’organisation politique ou sociale. Il est aussi un principe d’organisation sociale ou de vie.

Donc, quoi retenir de ces définitions?

De toutes ces définitions du terme système, on peut retenir organisation politique et sociale. Dans les fonctions de la gestion, le terme organisation réfère à un ensemble de structures (organisationnelles) et la mise en oeuvre de moyens mobilisés en vue d’atteindre les objectifs préalablement fixés et les résultats attendus. Cela veut dire qu’on ne peut pas parler de système sans moyens (légal, financier, ressources humaines qualifiées, autorité de l’État, État de droit, indépendance de l’État, impartialité, justice, etc.) et un minimum de structures politiques et sociales interdépendantes et reliées entr’elles.

En conséquences, le système politique et social désuet dont on parle en Haïti fait référence à un boucle institutionnel qui renvoie toujours les problèmes à une autre direction dont on n’imaginait pas. Dans ce système dessuet, il y a des ressources humaines très qualifiées qui le nourrissent et qui le renforce de jour après jour. Donc, ce système n’est facilement destructible vu qu’il a ses propres agents, vu qu’il peut s’auto-régénérer et vu qu’il y a trop d’impliqués et de participants dans des affaires louches, dont la corruption. Donc, ces derniers font tout pour éviter le chambardement de ce système qui leur est très précieux et qui maintient le peuple dans l’extrême pauvreté continuellement. En somme, le système n’est pas uniquement la réalisation de projets ou de justice.

Mais, c’est quoi le système?

Le système, c’est en plus une question d’ordre légal et de justice sociale. Dans un pays républicain ou démocrate, c’est la loi qui doit être notre boussole, c’est la loi qui prévoit tout. De ce fait, aucun changement de système ou de régime sociopolitique ne serait possible sans une nouvelle constitution ni sans révision de textes légaux ou sans amendement constitutionnel, voire sans une redéfinition de certains contrats monopolisant certaines activités dans le pays. On ne saurait pas changer un système si la population ne paie pas ses taxes ni si l’État ne respecte pas les droits fondamentaux de la personne humaine. Mais, il faut mentionner que certains systèmes sociopolitiques ne sont détruits parfois que par des révolutions où il y a plusieurs milliers de morts. Le système sera avantageux si et seulement si la loi est appliquée de manière stricte et impartiale avec toute indépendance. Si non, la corruption gangrenera davantage, et il y aura toujours des gens qui travailleront pour que tout nouveau système viable soit mort-né et pour que l’ancien système se régénère.

Maintenant, comment éviter que le nouveau système ne soit pas mort-né ?

Pour que le nouveau système soit viable, il faut que des méthodes et modèles scientifiques soient inculquées dans nos lois et dans nos comportements. Il serait utile que l’État renégocie les franchises douanières en raison de sa faiblesse d’autonomie financière et de ses irrégularités de rémunérer même ses employés. Delà, il serait de bon ton avant de prendre n’importe quelle décision d’analyser le problème selon la « méthode des 5 pourquoi« .

En somme, le changement du système socioéconomique et politique haïtien sera mis en oeuvre si et seulement si l’haïtien est conscient du patriotisme et du bien commun à cultiver. De ce fait, l’on arrêtera à se faire du mal et à croupir sans cesse les autres. Avec justice sociale, égalité et fraternité, le nouveau système haïtien ne sera pas un système d’exploitation mais de production, de création de richesse et de développement durable. Donc, le changement du système passera nécessairement par une prise de conscience de toutes les couches sociales, économiques et politiques. De ce fait, une chose est sûre, la population haïtienne se rebelle contre le système d’exploitation haïtien depuis plusieurs décennies jusqu’aux dernières émeutes et la tenue des dernières élections où 600.000 citoyens sur 5.000.000 élisaient le président de la République. Ceci montre la lassitude du peuple haïtien de participer aux scrutins et d’éviter toute chose publique mais aussi de ne pas participer dans des manifestations si ce ne sont que pour des émeutes, casses, etc. Ce comportement du peuple devrait interpeller l’engagement immédiat des autorités haïtiennes ou des leaders haïtiens en vue de changer la donne, malheureusement on n’en est pas encore là.

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Auteur : Marc-Donald VINCENT, ingénieur agronome, spécialiste de gestion de projets, technicien urbaniste, infos@lescientifique.com, +(509) 46307623

Marc-Donald VINCENT

Marc-Donald VINCENT est ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets. Il fait un master en Gestion de projets à l'ISTEAH. Il vit en milieu rural à Milot, Nord, Haïti. Il est fondateur et administrateur de la revue LE SCIENTIFIQUE. Email : infos@lescientifique.com; Téléphone : +(509)46307623.

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