Grande-Rivière du Nord, la bousculade commence pour l’or bleu

Il parait tout à fait inconcevable qu’une commune qui doit son nom à une grande rivière qui la traverse connaisse une pénurie d’eau à moins d’un kilomètre de cette rivière. C’est ce spectacle triste et honteux que nous offre le quartier du Haut du Bourg de la Grande-Rivière du Nord.

Si l’eau commence sérieusement à se faire rare à travers la planète, Haïti de son côté commence à s’inquiéter de cette situation. La coupe démesurée des arbres en divers endroits produit des cas de sécheresse qui nuisent énormément à la population. C’est une situation pareille qui nous amène à présenter le cas spécifique à la Grande-Rivière du Nord.

Présentation du problème dans le quartier

Situé à l’ouest de la ville, Haut du Bourg, ce quartier peuplé et attrayant de la Grande-Rivière du Nord, abrite près de 15% de la population de cette commune. Mis à part quelques natifs de la zone, le peuplement de ce quartier est surtout dû à l’exode des gens venant de la Section Communale de Cormiers. Cette zone est aussi très fréquentée par le fait que plusieurs institutions qui desservent la population se trouvent loger sur son territoire. On y dénombre : 4 églises, 6 établissements scolaires, un bureau de vice-délégation, un temple maçonnique et en dernier ressort on peut ajouter le seul cimetière de la ville. Si ce quartier dispose de tous ces atouts, il est aussi très vulnérable par rapport à une carence eau dont il fait face.

En réalité, vu qu’il est situé sur une pente, Haut du Bourg a toujours connu des difficultés en eau. Dans un premier temps, les gens avaient l’habitude d’aller s’approvisionner de ce liquide vital dans des sources situées dans les environs. Un résident de la zone du nom de Charles Williamson nous a parlé en ces termes : « vers les années 1994, c’était un grand plaisir pour moi d’aller me procurer en des endroits comme : nan Mapou, Pèlerin, nan Wòch, nan Tourilan, nan Min, nan Toussaint, Jane, etc. ». Pour remédier à ces grands déplacements, on a commencé avec le forage de quelques puits artésiens. Ainsi, le quartier en comptait une demi-douzaine environ. Avec le temps et l’accélération de la sécheresse, les puits finissent par tomber en panne et leurs nappes asséchées.

Il est vrai que le problème d’eau touche principalement le Haut du Bourg, cela n’empêche pas que les répercutions se font sentir dans plusieurs autres quartiers de la ville. Aujourd’hui, ce sont plus de 1 500 ménages se trouvant dans ce quartier qui souffrent de ce problème. « Parfois, nous achetons un « bokit » pour 6 Gourdes chez madame Régilus ou nous allons dans d’autres points d’eau situés dans les autres quartiers », continue à se plaindre Williamson. « C’est une vraie galère de trouver de l’eau dans ces conditions. Des fois, nous allons dans les puits vers 2 heures du matin, au moment où il n’y a personne», nous confie Miriame Thermidor, une victime de cette situation. Un autre, Berthony Jean-Baptiste, a parlé en ces termes : « Nous avons l’habitude de nous servir de l’eau rejetée par l’usine d’eau traitée de Fouché. Mais quelques fois, il vend ce rejet d’eau à 2 « bokit » pour 5 Gourdes ».

Un faux problème

Quand on connait qu’il y a des autorités qui sont élues dans le but d’améliorer les conditions de vie des gens et que l’Etat nomme des employés à cet effet à la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA), on peut se demander : où est le problème ? Avec un réseau gravitaire à « Kado », un réseau de pompage à calvaire et un forage sur la place publique, la DINEPA devrait être en mesure d’alimenter efficacement toute la ville en eau.

Gérald Charles, l’un des responsables de l’institution en charge de la DINEPA, a dit : « Depuis plus d’un an, une pompe de 10 HP desservant le réseau de calvaire est brulée. Gérald Damus dit Fouché a mis à notre disposition une pompe de 3 HP dont il se sert aussi pour son entreprise d’eau traitée. Nettement inférieure en terme de puissance, cette dernière ne nous permet pas de satisfaire tous nos abonnés. En plus, quand l’eau doit monter dans notre réservoir situé à Groupy, une fuite au niveau de la Première Eglise Baptiste ralentie considérablement sa pression. Mais pour résoudre le problème, il suffit d’acheter une autre pompe 10 HP pour 400 mille Gourdes et éliminer la fuite. Cette dernière opération coutera 30 000 Gourdes environ ».
Où sont les autorités élues ? Comment interviennent-ils dans la recherche des pistes de solution de ce problème si crucial ? Si 430 000 Gourdes doivent suffire pour que les choses reprennent leur cours normal, alors c’est une situation résolue à moitié. Gérald Charles essaie de répondre : « Le Maire se dit souvent préoccuper par la rareté d’eau mais souligne toujours que la Mairie ne dispose pas de moyens pour accompagner la DINEPA. Quant au Député, je l’ai appelé et écrit à maintes reprises pour lui exposer le problème. Il n’a jamais décroché et n’a jamais répondu à un seul de mes messages. C’est un insouciant !».
« Une démarche importante, mais insuffisante a été réalisée auprès de la « Living Water » par Withney Petit-Frère et Alkerson Joseph. C’est ce qui nous a permis de bénéficier du forage qu’on voit sur la place. Une autre organisation du nom de « Mission Water » nous promet des panneaux solaires et une pompe pour que ce forage soit fonctionnel. Nous espérons grandement que cette promesse soit tenue. De mon côté, j’essaie de trouver une solution auprès du responsable départemental de la DINEPA pour gérer la question de la fuite », a martelé Gérald Charles.

Lecture de certains membres de la population


Frustrée, la population ne cesse de réagir pour montrer l’absence de volonté ou la mauvaise foi des responsables. De prime abord, un riverain qui a parlé sous couvert de l’anonymat nous a livré que : « Gérald Charles, est très partial en tant que responsable de la DINEPA. Des fois, il recueille de l’argent entre certaines personnes et alimentent leur robinet en eau. C’est de la discrimination. On ne peut pas gérer un bien communautaire de cette manière ». Une information vérifiée auprès de monsieur Charles qui dit ne plus faire ces genres de choses.

Deux jeunes de la Rue Saint Paul qui ne souhaitent pas révéler leur identité racontent que : « le responsable de la DINEPA est de mèche avec le propriétaire d’une usine d’eau traitée dont la raison sociale est : Fouché eau traitée. C’est inadmissible de voir une personne s’emparer de ce qui appartient à une population, transforme cette chose-là et la revendre à cette même population. Quand Fouché a besoin de remplir son réservoir pour traiter de l’eau à revendre, Gérald Charles active la génératrice et lui envoie de l’eau directement et la population n’en trouve pas. Ça fait près de 10 ans que les gens de ce quartier n’ont pas de l’eau dans leur robinet ».
À ceux qui voient les choses de cette manière, Gérald Charles donne ces éclaircissements : « La pompe 3HP ne peut pas alimenter l’usine et la ville en même temps. Fouché nous donne du carburant presque chaque deux semaines. En 3 heures seulement son réservoir est rempli tandis que le réservoir communautaire de Groupy a besoin de 14 heures pour être un peu plus que la moitié. Et il précise que la génératrice exige un gallon de carburant par heure. C’est là le grand problème ».
Face à cette traversée du désert, tous ceux qui ont la possibilité doivent apporter leur soutien. Les responsables ont la lourde mission de rechercher les solutions quel que soit l’endroit où il se trouve. Il faut que nous réagissions dans le plus bref délai parce que l’eau occupe une grande place dans les activités de l’homme. Le problème de la rareté de l’eau ne concerne pas seulement Haut du Bourg, mais toute la Grande-Rivière du Nord est en train de subir les conséquences. Alors concentrons-nous sur la résolution de ce problème.

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Auteur : Loubonsky Limprévil
kikiprecision5@gmail.com

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LE SCIENTIFIQUE

Marc-Méland VINCENT est un auteur affilié et indépendant de la revue LE SCIENTIFIQUE.

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