L’addiction au travail ruine la santé des employés et des couples

En Haïti comme aux États-Unis d’Amérique, en Europe comme en Afrique, en Océanie comme en Asie, les addicts au travail sont malades au même titre que les dépendants à l’alcool, à la drogue, au sexe, à l’internet, aux jeux de hasard et à toute pratique excessive. Le fait d’être trop soumis au travail n’est pas sans impact malheureux sur la santé humaine et sur le dysfonctionnement des couples. Car, par faute d’être addict au travail, de nombreuses personnes sont malades et des relations familiales tendent à devenir obscures et compliquées. Delà, c’est quoi l’addiction au travail? Quelles sont les causes et conséquences de l’addiction au travail? Comment y remédier?

Définition de l’addiction au travail

Selon Scheen (p. 371, 2013), à côté des dépendances aux substances psychoactives, il est communément admis de regrouper sous la dénomination d’addictions comportementales toutes les conduites de dépendance à un comportement qui, par sa répétition compulsive, échappant au contrôle, peut être à l’origine de conséquences négatives, qu’elles soient psychologiques, somatiques ou relationnelles. L’addiction au travail fait partie de ces addictions dites «sans drogues» (personne « droguée du travail »). Elle a été popularisée sous la terminologie anglo-saxonne «workaholism» (néologisme formé à partir de «work» et «alcoholism») par W. Oates en 1971 dans un livre devenu un «bestseller». De sa part, Limosin (2008), l’addiction au travail est un investissement excessif dans les activités professionnelles, s’accompagnant d’une présence abusive sur le lieu de travail et/ou de la recherche frénétique de la performance ou de la productivité, à l’origine d’une négligence ou d’un désintérêt pour les autres domaines de la vie (famille, repos, loisirs, etc.).

La dépendance (ou syndrome de dépendance) est représentée par l’ensemble des phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques survenant à la suite d’une consommation répétée d’une substance psychoactive, typiquement associés à un désir puissant de prendre de la drogue, à une difficulté à contrôler la consommation, à une poursuite de la consommation malgré des conséquences nocives, à un désinvestissement progressif des autres activités et obligations au profit de la consommation de cette substance, à une tolérance accrue et, parfois, à un syndrome de sevrage physique. On distingue plusieurs types d’addictions (ou de consommation) à savoir des addictions provoquées par des produits et des addictions comportementales.

De ce fait, on distingue trois phases de l’addiction au travail (Scheen, 2013) :

Phase d’installation: c’est le premier stade d’installation insidieuse qui consiste en un allongement progressif du temps consacré au travail, au-delà des horaires habituels (sur le lieu du travail ou à domicile), associé à une réticence croissante à bénéficier de ses congés.


Phase d’état : c’est le deuxième stade correspond à un surinvestissement dans le travail quasi frénétique, avec la survenue des premiers signes de retentissement négatif, sur le plan personnel (stress, troubles du sommeil, fatigue, ..) ou sur le plan de la vie familiale (désinvestissement progressif…), avec évitement de plus en plus marqué des moments de loisirs.

Phase de décompensation : c’est le troisième stade aboutit à un retentissement délétère global, social et individuel, avec des répercussions physiques (céphalées, troubles cardiovasculaires, …) et psychologiques (émoussements des affects, sentiment de dévalorisation, symptômes dépressifs, …) et, in fine, à un véritable épuisement professionnel, bien connu sous la terminologie anglo-saxonne de «burnout».

Les causes ou facteurs de l’addiction au travail

Selon Pauly (2014), les facteurs qui favorisent l’addiction au travail sont regroupés à travers ces contextes :

  1. Contexte familial qui s’explique par l’intérêt des parents pour l’avenir de leur enfant et par la reproduction d’un schéma parental ou conjugal.
  2. Contexte culturel et traditionnel qui s’explique par le Karoshi au Japon.
  3. Contexte professionnel contributif qui s’explique par un supérieur hiérarchique très (trop?) investit. Il s’explique par le manque de respect de la limite vie privée / vie professionnelle. Ce contexte s’explique par la possibilité d’évolution de carrière, par la latitude totale dans l’organisation de travail: choix, nombre et nature des tâches… Il s’explique par l’exercice professionnel intense, travail dans l’urgence, exigence de forte disponibilité.
  4. Contexte organisationnel d’efficacité à tous prix qui est lié à une culture d’excellence, des
    objectifs trop élevés (le toujours “plus”). Il s’explique également par une précarité professionnelle et par une fuite du quotidien dans le travail.

Selon Scheen (p. 374, 2013), Il existe divers types de facteurs de risque favorisant le développement d’une addiction au travail chez un individu donné. Pour sa part, d’une façon générale, ils peuvent être regroupés en facteurs ayant à la personnalité, à la profession ou à l’environnement. Pour le facteur ayant rapport avec la personnalité, les sujets affectés d’une addiction au travail présentent souvent une faiblesse de l’estime de soi à l’origine d’une quête de reconnaissance et de succès (personnalité narcissique) à laquelle l’investissement professionnel peut permettre d’accéder. On peut également retrouver des personnalités obsessionnelles et perfectionnistes. Le profil de personnalité de type A est fréquemment observé chez les sujets présentant une addiction au travail. Ce pattern A se caractérise par l’ambition sociale, l’importance de l’investissement professionnel, la peur de l’inactivité (impression de fuite du temps, réactions d’impatience, …), une grande vulnérabilité face à l’échec et à toute blessure narcissique, conduisant à un état de tension permanent. Ce profil de personnalité est fréquemment rencontré chez les patients coronariens.
Pour le facteur ayant rapport avec la profession, certains types d’emploi, certains niveaux de responsabilité exposent à un risque accru de développer une addiction au travail. Les principaux arguments avancés par les individus pour justifier leur engagement volontaire dans ce type d’activité professionnelle sont le caractère stimulant du travail et la notion de défi professionnel. Les postes à responsabilité sont considérés comme étant associés à un risque accru, ce qui pourrait expliquer, au moins dans certaines populations, que les femmes seraient actuellement moins exposées que les hommes (puisque, pour le moment, 2 à 3 fois moins de femmes occupent un poste correspondant à un emploi «à risque»). Pour le facteur ayant rapport avec l’environnement, l’environnement extra-professionnel peut aussi contribuer à l’installation de l’addiction au travail. Ainsi, les perturbations des relations affectives en général, qu’elles soient familiales ou simplement amicales, sont reconnues comme des facteurs de prédisposition à la dépendance au travail. Dans ce cas, la «fuite» dans le travail constitue, en quelque sorte, une stratégie adaptative, plus ou moins consciente, ayant pour but d’échapper à un milieu source d’insatisfaction et de stress psychologique. Cet aspect devra absolument être pris en compte lors de l’approche thérapeutique et peut, d’ailleurs, entraver les chances de guérison.

Conséquences de l’addiction au travail

Selon Pascual qui cite l’article de Psychomédia,  “des études ont montré que la dépendance au travail est associée à l’insomnie, aux problèmes de santé, à l’épuisement professionnel et au stress ainsi qu’aux conflits entre le travail et la famille”. Selon Scheen (p. 374, 2013), les conséquences négatives de l’addiction au travail sont : conséquences individuelles psychologiques (stress, anxiété, dépression, troubles du sommeil, etc.); conséquences individuelles somatiques (fatigue, céphalées, ulcère, hypertension, maladies cardiovasculaires, etc.); conséquences familiales sur le conjoint ou la conjointe (mésentente, divorce, etc.); conséquences familiales sur les enfants (délaissement, pression malsaine, etc.); conséquences professionnelles sur le sujet dépendant (diminution de productivité, isolement, etc.); conséquences professionnelles sur les collègues (dévalorisation, pas de travail en équipe, etc.).

Prévention et prise en charge de l’addiction au travail

Au vu des connaissances actuelles, la prévention collective de l’addiction au travail repose, entre autres, sur la prévention des risques psychosociaux. De même, l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC) doit être accompagnée de mesures permettant de limiter la surcharge informationnelle et de maintenir une frontière entre les activités professionnelles et celles relevant de la vie privée (Hache, 2017, p. 6).

Selon le même chercheur, la prise en charge du salarié souffrant d’addiction au travail nécessite, dans un premier temps, une intervention médicale. Celle-ci peut être initiée lors d’un examen par le médecin du travail, par exemple lors d’une visite de reprise ou à la demande du salarié ou de son employeur. À l’aide de tests, tels que le questionnaire WART, le médecin du travail peut évaluer l’intensité du workaholisme. Une prise en charge multidisciplinaire impliquant notamment un addictologue est alors instaurée. La thérapie cognitivo-comportementale constitue la base du traitement, un des objectifs principaux étant le maintien dans l’emploi. Ainsi, en lien avec l’addictologue et le médecin du travail, le salarié va (ré)apprendre à fixer des limites dans ses horaires de travail, respecter les jours de repos hebdomadaires, prendre des vacances, ne pas consulter sa messagerie professionnelle et éteindre son téléphone portable lorsqu’il ne travaille pas… Ces différentes actions peuvent nécessiter un aménagement du poste de travail.

D’après Scheen (p. 371, 2013), le traitement de l’addiction au travail repose essentiellement sur une approche cognitivo-comportementale. La première étape est que la personne concernée prenne conscience de son trouble du comportement et accepte de se faire prendre en charge. Ce passage obligé n’est, cependant, pas toujours évident (déni, le plus souvent), en particulier lorsque le comportement compulsif est sous-tendu par des difficultés relationnelles et/ou familiales, et correspond alors à un comportement d’évitement, source de bénéfices secondaires. En cas de toxicomanie comportant des drogues (tabac, alcool, héroïne, …), l’objectif thérapeutique consiste, en général, en une abstinence totale. Dans le cas de l’addiction au travail, cet objectif est évidemment difficilement envisageable chez la plupart des personnes concernées.

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Auteur : Marc-Donald VINCENT, ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets, master en gestion de projets en cours, infos@lescientifique.com, +(509) 46307623

RÉFÉRENCES :

DURAND, E. GAYET, C. LABORDE, L. (2008). Conduites addictives et travail. DMT. N° 115.

Hache, P. (2017). Workaholisme : les dangers de l’addiction au travail. Hygiène et sécurité du travail. n°246.

Limosin, F. (2008). L’addiction au travail. Dossier thématique. Vol. IV – n°5 .

Pascual, S. (s.d.). Travailler trop vs dépendance au travail. Vie professionnelle. Tiré de Vie professionnelle.

Pauly, A. (2014). Dépendance au travail ou workaholism. Bouzonville : ANMTEPH.

Scheen, A. J. (2013). «WORKAHOLISM» : la dépendance au travail, une autre forme d’addiction. 2013; 68 : 5-6 : 371-376, Liège,

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Marc-Donald VINCENT

Marc-Donald VINCENT est ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets. Il fait un master en Gestion de projets à l'ISTEAH. Il vit en milieu rural à Milot, Nord, Haïti. Il est fondateur et administrateur de la revue LE SCIENTIFIQUE. Email : infos@lescientifique.com; Téléphone : +(509)46307623.

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