Pour Haïti, Une élite à construire

Il y a plus de deux siècles d’histoire depuis que nous croyons avoir construit une république nègre dont les valeurs semblent fluctuer dans le tunnel de l’oubli, de l’intolérable et de l’inacceptable. Une société haïtienne fracturée, morcelée dès sa naissance pour avoir hurlé les prouesses d’une société esclavagiste dans laquelle plusieurs catégories sociales se luttaient l’une aux dépens de l’autre. Les blancs au sein desquels germent des strates sociales de renommées différentes (grands blancs, petit blancs…) ; une classe d’affranchis et de noirs revendiquant leur état d’infériorité et pourtant ne savait pas fléchir et ne pensait que de renverser la tendance des blancs (Casimir, 2009).

En voici, les conditions sociales desquelles née une société haïtienne avec toutes les distorsions qu’on pourrait imaginer. Et cette distorsion que poursuit l’Etat, qui dans sa politique de morcellement, repartit les terres aux siens au détriment de la grande propriété. Voila par où intériorise l’idée créatrice d’une élite économique qui sans ambages donne naissance automatique à une fausse élite politique et sociale.

1- Nécessité d’une élite ?
Le concept d’élite est donc un concept historique opératoire qui permet de mesurer un certain nombre de réalités sociales, comme la mobilité ou l’intégration dans des réseaux. Il permet surtout d’étudier une société telle qu’elle se voit ou qu’elle se rêve. Les élites offrent le miroir déformant d’une société et de ses aspirations. Elles représentent donc l’occasion pour l’historien de comprendre les mentalités, d’entrer dans les représentations symboliques, constituant ainsi un des liens entre l’histoire sociale et l’histoire des mentalités (Leferme-Falguières et Renterghem, 2001).

Était-il si nécessaire alors de créer une élite en Haïti? Je n’en disconviens pas moyennant que cette élite ait connaissance de ce qu’elle valait ou de ce qu’elle devrait valoir ; Quelles ont été les lignes directives de cette élite ? La distorsion, la disparité, le fossé qui se créent entre la minorité privilégiée (élite) et la masse dépourvue presque de tout et dont l’avenir était fort incertain. S’il en avait une, c’est sans doute une élite sans vision qui conduisait le pays à une occupation étrangère telle qu’elle est aujourd’hui (Mars, 1919). D’où l’effondrement de cette élite que le Docteur Jean Price Mars appelle une élite sans vocation qui ne fait que constater son échec. Partons du fait que l’occupation américaine a créé une rupture de l’élite haïtienne et qu’au lendemain de 1934, il fallait l’émergence et la reconstruction d’une telle idéologie.

2- Historiographie de l’élitisme haïtien

Dans l’historiographie haïtienne se voit saper de jour en jour les valeurs de cette première nation noire créée malgré les fortes pressions de l’occident. Ce dernier fait jaillir au-dedans de nous de nouvelles idées destructrices où naissent de différents et nouveaux types d’élite dont le dénouement sera le bannissement d’une vraie idéologie nationale.

2.1 L’élite économique
A l’heure actuelle, chacun se réclame faisant partie d’un type d’élite :

Pour certains, c’est l’élite économique ! En avons-nous une ?
On a toujours tendance à assimiler la bourgeoisie haïtienne à l’élite économique. C’est à tort de faire une telle considération. Car, nous avons une bourgeoisie commerçante. Or, dans le commerce, on ne voit que ces profits tandis que l’élite c’est une instance qui ne voit pas que son intérêt mais assure l’existence de la masse défavorisée. L’auteur Mars admet l’existence d’une pluralité d’élites en Haïti au point où chaque branche d’activité a son élite. « La classe dirigeante se désintéresse du sort des masses, celles-ci ignorant même l’existence de la première parce qu’elle n’a avec elles que des rapports purement économiques (Mars, 1919).
Si on est riche que pour soi, on est semble t’il le plus pauvre de tous les pauvres. Ceux qui se réclament de l’élite économique, ils leur sont nécessaire voire obligatoire de renverser la tendance « dépendentiste » de cette nation dont la destinée est aux seules volontés de l’autre. « Une élite économique à construire », s’il en avait une, elle rate sa vocation et elle devient obsolète par conséquent, elle est à reconstruire.

2.2 L’élite Politique

Pour d’autres, c’est l’élite politique
S’il existe une élite qui nous fait défaut dans ce coin de terre, c’est l’élite politique. Ici, nous avons des catégories spéciales de gens qui réfléchissent sur la conquête du pouvoir mais non pas sur la gestion du pouvoir. Ils ne défendent que des intérêts immédiats. Cette soi-disant élite crée des têtes de pont au sein de la masse et les influence par de petits intérêts immédiats et parvient à fragiliser l’échiquier politique en Haïti. Elle utilise la masse intellectuellement sous développée pour asseoir son hégémonie et expose cette masse à son solde. Un grand politologue Français du nom de Georges Burdeau (1958) eut à déclarer et je cite : « La masse intellectuellement sous-développée développe une conscience politique et que cela n’apparait qu’a partir des revendications communes liées par des intérêts immédiats ».

Le jour où l’on voudra parler d’élite politique en Haïti, il y aura certaines précautions à prendre. Le champ politique en Haïti est semblable à une industrie productrice d’hommes et de femmes politiques. Sur les bancs de l’école, on y trouve des hommes politiques, à l’Eglise, ils y sont. A l’université, cela ne manque pas ! À travers les rues, ils n’y sont pas milliers. Si cela persiste, nous finirons un jour par assister à cette explosion d’hommes politiques. D’une population de 11 Millions d’habitants, nous aurons 11 millions d’hommes et de femmes politiques. Comme conséquences, l’école disparaitra, l’église fermera ses portes, la musique cessera. Et on se demandera finalement qui fait quoi ?

2.3 L’élite intellectuelle

Si je parodie un grand intellectuel haïtien le Docteur Rony Durand de regretté mémoire :

« L’élite intellectuelle serait la lumière de la masse». Pourtant c’est elle qui foudroie la masse. Cette élite aurait pour mission de défendre les normes sociales. Alors que les normes sont sapées, les valeurs se fluctuent et personne ne veut pas s’engager à la recherche de vraies valeurs pour construire une vraie Haïti. L’on constate un mépris des grandes théories de la science politique. On priorise l’idéologie de la ˮ militanceˮ sur les théories. C’est une élite à construire.

3. Considérations

Vous lecteurs et commentateurs, pourriez vous imaginer que l’auteur vous tourne en rond. Tel n’est pas son objectif. Il lui vaudrait le sens de vous permettre de voir que depuis notre naissance en tant que nation si nous croyons avoir eu une élite, elle n’est qu’intellectuelle. Puissions-nous faire une telle imagination ? Et d’ailleurs je me fais la question, qu’est ce que cela signifie dans notre champ être intellectuel ? Est-ce réellement ce que nos pédagogues enseignent ?

Être intellectuel signifierait à mon sens être capable de faire travailler son intelligence et produit des actions capable d’influencer le cours de l’évolution des donnés du pays de manière progressive. C’est d’adapter les nouvelles technologies en les adaptant aux besoins de l’être haïtien. Comment pouvoir croire avoir des intellectuels pendant que nous sommes si en retard par rapport au reste du monde ?

Sans vouloir me faire passer pour un utopiste comme un « Thomas Moore » ; sans vouloir non plus m’enchainer avec Platon dans son texte « la cité idéale », il me sera fort bénéfique d’assister l’émergence d’une nouvelle élite en Haïti dont le rôle serait conçu suivant trois considérations :

3.1- D’abord sur le plan agricole
L’on connait Haïti en tant que pays essentiellement agricole. Il est grand temps que nous sortions de l’assistanat auquel nous nous sommes soumis depuis longtemps. Les Etats Unis ne comptent que 6% d’agriculteurs alors qu’ils nourrissent le monde.
Nous autres, nous en comptons plus de 90 agriculteurs. Je plaide pour qu’une élite sorte de la couche paysanne et fait que la terre d’Haïti nous nourrisse.

3.2- Ensuite une élite intellectuelle

Que nos écoles produisent de bons et de vrais intellectuels, des techniciens de haut niveau, de grands hommes et femmes aptes à partir à la recherche de nos grandes valeurs qui s’effritent. Il est grand temps que nous rejetions l’idée que les intellectuels ne sont que ceux-là qui ne savent que préparer et faire de bons discours en français. Où est la technique ? Où est la place qui est réservée à la science ?
Nous souhaiterions avoir une élite qui se lance dans la recherche scientifique, dans la valorisation des acquis professionnels, de la technique. Comme ça, nous aurons une vraie élite intellectuelle. On ne saurait prétendre vouloir développer une nation sans faire de la science.

3.3- Enfin, une branche politique de l’élite

Le vrai sens de la politique serait celui de définir et de vouloir bien conduire la destiné du peuple. Les idéologues perçoivent de manière unanime la politique comme étant la bonne gestion de la cité. Est ce que ceux-là qui se réclament de l’élite politique en Haïti ont une autre définition de la politique. Peut-être, je pense qu’au moment où nous aurions une vraie élite politique, la politique cessera d’être un lieu d’embauche mais plutôt un moyen de fonder une vraie « haitiannité ». Nous n’aurons plus des gens qui vivent de la politique mais nous aurons de préférence des gens qui vivent pour la politique.

Conclusion

En fait, nous sommes conscients qu’Haïti est veuve d’une vraie élite. Les fils et les filles de la nation partent à tort et à travers derrière des modèles et de vrais modèles. Je ne veux pas évoquer l’idée d’une conception élitiste telle que ce que nous pensons l’avoir depuis deux ans passés. Mais une élite telle que le conçoit Platon, le commerce aux commerçants, de la guerre aux guerriers, de la politique aux philosophes……. Une élite à construire !!!!

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Auteur : GRAVEUS Estaniel,
Master en Économie du Développement (études en cours)
Juriste, Économiste, Diplômé en Études Philosophie et Politique
Isteah.egraveus2017@gmail.com
Tels : (509)4360-8114 / 4892-6742, infos@lescientifique.com

Bibliographie

Burdeau Georges (1958), le Pouvoir politique, tome 2, l’Etat, Ed. Seuil, Paris, 204p.

Frederick et Valerie Van Renderghem (2011), Le concept d’élite, approche historiographique et méthodologique, in Hypothèse 2001 / 1(4) 67 p.

Jean Casimir(2009), Haïti et ses élites, l’interminable dialogue des sourds, Ed. Universitaire d’Etat d’Haïti, Port-au-Prince, 250p.

Jean Price Mars (1919), La vocation de l’élite, ed. FArdin, Port-au-Prince, 266p.

M. Vovelle (1974), élite ou le mensonge des mots, in Anale ESC, 47 p.

Estaniel GRAVÉUS

Master en Économie du Développement (études en cours), Juriste, Économiste, Diplômé en Études Philosophie et Politique Isteah.egraveus2017@gmail.com Tels : (509)4360-8114 / 4892-6742, infos@lescientifique.com

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