Pourquoi les bourgeois et le secteur privé ne développent pas Haïti ?

Certains vont jusqu’à croire qu’environ dix familles bourgeoises ou aisées détiennent plus de 2/3 des ressources économiques haïtiennes depuis le lendemain de l’indépendance d’Haïti et sont à la base de la pauvreté en Haïti. Mais, on se demande est-ce que les bourgeois ou les élites économiques d’Haïti sont fièrs du devenir d’Haïti ou est-ce qu’ils n’analysent pas leur implication dans l’affaiblissement de l’État et le renforcement de la pauvreté haïtienne en voulant profiter les bienfaits mesquins de la libéralisation et de la mondialisation au détriment de la production nationale. Là encore, on se demande comment est-il possible que seulement dix familles pourraient accaparer autant de ressources sur 11 millions d’habitants. Évidemment on comprend que ces onze millions de personnes ne luttent pas seulement contre 10 familles dans la réalité considérant que les moyens dont disposeraient ces 10 familles peuvent diviser ces 11 millions d’haïtiens les uns contre les autres, mais là, on parlerait aussi de la complicité des 11 millions d’habitants qui acceptent d’être exploités par ces familles en guise de travailler pour un changement durable. Les bourgeois à eux seuls peuvent-ils développer le pays? Est-ce que ce n’est pas le devoir de l’État de créer les conditions nécessaires pour que les bourgeois haïtiens produisent et créent de la richesse ? Lors qu’on parle de l’État ici, on regarde les trois pouvoir à savoir l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Est-ce que les bourgeois haïtiens doivent plaire à la population haïtienne en prenant des risques incalculés ? Est-ce que la bourgeoisie haïtienne ou mieux encore le secteur privé des affaires fera moins de bénéfices si elle produit plutôt que de vendre des produits importés? Devraient-ils prendre les reines du pouvoir pour développer réellement le pays? Sans plan stratégique de développement intégré et participatif, est-ce qu’Haïti peut sortir de ce marasme socioéconomique et politique?

La situation difficile et l’instabilité politico-économique que connaît Haïti durant les 215 premières années d’indépendance n’étaient pas ainsi avant son indépendance. Haïti a été convoitée par presque toutes les grandes puissances européennes d’alors et se constituait une ressource aurifère pour l’Espagne du temps de la colonisation espagnole. Du même coup, elle a été la perle des Antilles du temps de la colonisation française. Depuis la fin de cette période coloniale, les luttes acharnées en politique ne facilitent jusqu’à présent l’entente nationale pour arriver à un dénuement intégré et participatif entre haïtien.

En Haïti, nombreux sont des hommes d’affaires et des bourgeois qui ne diffèrent pas des politiciens qui montrent leur intérêt pour un changement durable du pays. Toutefois, une fois arrivés au timon des affaires, les donnes changent comme dans un film. Les rares investissements que font les hommes d’affaires en Haïti sont calculés uniquement sur la base de bénéfice net sans prendre en compte les paramètres social et environnemental de leur investissement. Alors que le pays fait face à l’absence de beaucoup d’infrastructures industrielles, électriques et agricoles, beaucoup d’hommes d’affaires investissent dans l’importation de produits ou d’équipements dans le but de les commercialiser sur le marché haïtien.

Delà, à quoi ce comportement traditionnel est dû?

Pour nous autres, le terrain d’Haïti est miné de toutes pièces inimaginables. En ce sens, il y a plusieurs causes qui engendrent la situation actuelle d’Haïti, dont la mise à l’écart d’Haïti sur l’échiquier international après avoir pris son indépendance le 1er Janvier 1804 en défiant l’ordre esclavagiste, colonial et raciste de l’époque. Jusqu’à la première moitié du 19ème siècle, l’esclavage était accepté par toutes les grandes puissances de l’époque comme une situation normale. Il a fallu attendre, les révoltes des esclaves, la cérémonie du bois caïman, la Bataille de Vertières au Cap-Haïtien (en Haïti) pour éliminer tous les enjeux que représentait cet ancien ordre d’injustice sociale et de discrimination sévère. Et ce fut Haïti qui menait cette lutte qui menaçait les empires de l’époque, lesquels empires ont exclu Haïti politiquement et diplomatiquement. Des lors, les haïtiens n’avaient ni les moyens ni les autorisations pour pouvoir faire les acquisitions d’équipements, etc.

On dit que seulement environ dix familles bourgeoises détiennent plus de deux tiers des ressources du pays sur 11 millions d’habitants. Delà, on peut juger la complicité des 11 millions d’habitants haïtiens qui se laissent exploiter par dix familles.

En ce sens, il faut un plan dans toute chose, pour le développement ou l’émergence d’Haïti, il en faut aussi un plan stratégique pour 25 années au moins. Ce plan stratégique de développement d’Haïti doit être endogène et doit prendre en compte les ressources du pays de sorte qu’on diminue intégralement la dépendance financière du pays vis-à-vis de l’aide étrangère. Toutefois, vu l’absence de continuité au niveau de l’État haïtien, le parlement haïtien et la cour supérieure des compte et du contentieux administratif devra contrôler les actions gouvernementales pour assurer après chaque élection le suivi de ce plan stratégique du développement d’Haïti. Pour ce, il faut l’implication de toutes les forces vives du pays, du secteur des affaires et de l’État central pour sortir avec solutions viables de développement durable qui n’auront pas de conséquences fâcheuses sur les prochaines générations haïtiennes.

En effet, si la bourgeoisie haïtienne et le secteur privé des affaires ne travaillent pas avec patriotisme pour le développement intégré et durable d’Haïti, tout portera à croire qu’une nouvelle révolution haïtienne est inévitable et incontournable. Cette révolution sera inévitable parce que la situation infra-humaine dans laquelle vivent les haïtiens va atteindre sa limite. Au fil du temps, les ménages haïtiens se sont décapitalisés au point de couper certains de leurs besoins jugés facultatifs du fait qu’ils sont sous le seuil de pauvreté. En dépit du fait que la grande majorité de la population haïtienne soit sous ce seuil de pauvreté, aucun plan de relèvement (plan marshall) de ce pays qui détruisit le système d’exploitation coloniale et esclavagiste n’est pas encore mis en œuvre de manière continue et intégrée. Il ne suffit pas seulement d’avoir des données statistiques quantitatives pour voir l’évolution de la pauvreté d’Haïti, il suffit seulement de vivre avec les haïtiens, de jeter un regard dans leur manière de vivre pour voir qu’ils n’ont aucun accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’alimentation, à la santé, à l’instruction, disons à aucun service de base. Ce que la plupart de bourgeois dans certains pays pourraient juger d’inacceptable d’évoluer dans de tels environnements sans améliorer la situation sociale et économique des populations locales. Malheureusement, il semblerait que les hommes d’affaires, les bourgeois et les soi-disant bourgeois haïtiens ne connaissent pas ce principe qui prévaut la faillite des entreprises lorsqu’il y a décapitalisation cumulative des gens et quand on n’investit pas dans le social.

Est-ce que nous autres les haïtiens ne sommes pas imputables à cette situation?

Évidemment si, que nous bourgeois ou secteur des affaires ou classe moyenne ou peuples décapités, nous sommes tous responsables de la situation de crise d’Haïti. Car, en guise de travailler pour renforcer l’existant et pour améliorer la situation du pays qui ne rend fierté et dignité à aucun haïtien, nous ne faisons qu’abattre les branches d’arbres sur lesquelles nous nous sommes assises sans analyser les potentiels risques de nos comportements. Chaque haïtien est responsable de cette situation parce qu’on ne fait rien qui pourrait augmenter la fierté et la dignité haïtienne au regard des étrangers depuis l’après indépendance, l’après Dessalines et l’après Henry Christophe. Bourgeois ou pauvres en Haïti? Nous sommes tous ici pauvres en Haïti, quelques-uns peuvent avoir des millions mais des millions qui ne sont utiles à presque rien quand son environnement n’est pas amélioré, quand on a de l’argent et qu’on peut pas se promener et qu’on n’est pas fier et capable de dire aux étrangers qu’on soit haïtien. Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique, que l’on veuille ou non, tous les haïtiens sont des pauvres déductiblement. Car, il n’y a jamais de luxe dans un pays pauvre si non que la misère et l’exploitation. Les pauvres haïtiens et aisés haïtiens sont tous responsables de la situation haïtienne soit directement parce qu’on la renforce soit indirectement parce qu’on collabore avec les gens qui renforcent la pauvreté, la misère en Haïti. Que l’on veuille ou non, le peuple est complice, nous sommes complice de la l’indignité et la pauvreté haïtienne.

Pourquoi les bourgeois et le secteur privé des affaires ne développent pas Haïti ?

En Haïti, les gens ne travaillent pas pour le développement de quelques choses lorsqu’ils ne se sentent pas concernés par les activités qui se seront mises en oeuvre. Plus loin, ils se constituent en pierre d’achoppement à tout projet de développement d’Haïti lorsqu’ils perçoivent que leurs intérêts personnels ou groupuscules sont en jeu. Pour ce qui concerne les bourgeois haïtiens et le secteur privé des affaires, certains croient qu’ils ne développent pas Haïti du fait qu’ils vivent directement de la situation pauvre du pays. D’autres vont jusqu’à croire que les hommes d’affaires haïtiens n’existeront plus si le pays développe vu qu’ils ne sont compétitifs à aucune entreprise étrangère des caraïbes voire des États-Unis d’Amérique. Ce qui peut traduire le parasitisme de la bourgeoisie et du secteur privé des affaires au dépens du peuple haïtien. Il y aurait mille et une raison pour se constituer en obstacle à quelques choses surtout lorsque son intérêt est menacé. Est-ce que les bourgeois haïtiens et le hommes d’affaires du secteur privé sont confortables dans cette pauvreté haïtienne?

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Auteur : Marc-Donald VINCENT, ingénieur agronome, spécialiste de gestion de projets, technicien urbaniste, infos@lescientifique.com, +(509) 46307623

Marc-Donald VINCENT

Marc-Donald VINCENT est ingénieur agronome, technicien urbaniste, spécialiste de gestion de projets. Il fait un master en Gestion de projets à l'ISTEAH. Il vit en milieu rural à Milot, Nord, Haïti. Il est fondateur et administrateur de la revue LE SCIENTIFIQUE. Email : infos@lescientifique.com; Téléphone : +(509)46307623.

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